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19/03/2010

Et ça parle toujours d'amour

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Questions à Madeline Roth

 

Septième.Lucie Pastureau.jpgL.Pastureau

 

 

 

Est-ce qu'en écrivant ce livre tu te doutais qu'il serait publié par Focale, dans une collection de photolittérature ?


Non. Ce livre a mis des années à s'écrire, il a eu des centaines de versions. Pour moi, il n'était même pas question de publication : j'avais juste besoin de l'écrire.

 


Y a-t-il une réticence à laisser la main à un photographe, qui va donner des visages et des décors prégnants à ton oeuvre ?


Oui, évidemment. Le texte a d'abord été soumis à une jeune photographe qui avait fait des photos assez provocantes. ça n'allait pas. Quand Tieri Briet et moi avons découvert le travail de Lucie Pastureau, il était évident qu'il y avait quelque chose d'intime, de pudique et à la fois de très fort dans ses photos. Je crois que lorsque Lucie a dit oui, les peurs sont parties. Je travaille en librairie jeunesse et je me pose depuis plusieurs années maintenant la question de l'illustration d'un texte. Ici, c'était la même chose : on n'a pas demandé à Lucie d'illustrer le texte, c'est une sorte de deuxième voix, c'est son regard à elle. Je me souviens que Laura était rousse dans le texte, et les photos de Lucie montraient une jeune fille brune : on a beaucoup discuté de cela. Etait-ce possible de garder ce double langage, au risque de gêner la lecture ? Lucie a dit quelque chose qui me touche beaucoup : "J'ai choisi de ne pas incarner les personnages, surtout celui de Laura, qui est justement, dans le texte, tellement détachée de son corps". Les images qu'a faites Lucie ne sont pas celles qui habitent le texte depuis des années, mais il y a des choses troublantes, des ressemblances, des échos.

 


Est-ce une expérience à recommencer ? Telle quelle ?Est-ce que tu serais prête à écrire en collaboration avec un photographe, de manière à construire en même temps l'histoire et les images ?


Je pourrais recommencer l'expérience telle quelle, bien sûr, si le/la photographe avait le même talent que Lucie. Mais je crois que ce qui me plairait beaucoup, c'est de faire l'inverse : d'écrire à partir des images. Ou même de faire les images moi-même.

 


Parle nous du livre/film/chanson, bref, du texte que tu rêverais d'écrire/d'avoir écrit. L'oeuvre parfaite que tu aimerais avoir réalisé dans ta vie.

 

ça, c'est presque la question impossible ! Il y a de trop de choses que j'aime, trop de livres, trop de gens. Mais s'il faut choisir... L'un des premiers livres qui m'a marquée, adolescente, et sans doute celui que j'ai relu le plus de fois, c'est 37°2 le matin, de Philippe Djian. Je connais des passages par cœur, j'ai corné des dizaines de pages. Le personnage de Betty me bouleversait. Djian dit : "je crois que le monde est trop petit pour elle". Et puis aussi Les nuits fauves, de Cyril Collard. Betty et Laura se ressemblent. Et c'est un peu pour ça que le personnage de Septième s'appelle Laura. J'aime quand ça déborde, que ça hurle, j'aime le trop d'amour.

 




15/02/2010

Entrevue avec Lucie Pastureau

 

 

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série "Frères"

 

 

Comment s'est passé la réalisation de Septième ? Avez-vous travaillé en même temps Madeline Roth ? Ou bien le texte vous a-t-il été remis déjà achevé ?


J'ai travaillé à partir du texte déjà écrit, même si Madeline a continué à le corriger, à en réécrire certains passages. Nous nous sommes très peu vues avec Madeline à cause de la distance, mais nous avons noué une relation forte autour de ce travail, une connaissance et re connanissance de l'autre à travers le texte et l'image. Mon travail s'est fait de manière très spontanée et intuitive. Nous sommes restés, Madeline, Tieri et moi, pendant la période de prise des images, en contact et dialogue constant. J'ai mis un peu plus d'un an à produire ces images.


Avez-vous tenté d'illustrer ce roman au plus près ? Ou bien d'avoir fait un travail parallèle, en vous éloignant du texte ?


A la première lecture du texte, le travail m'a paru impossible. Il y a des passages très durs, crus, et je n'avais aucune idée de la façon dont les rendre en images, d'autant plus que le roman est destiné aux adolescents (en fait, j'ai très vite oublié à qui il était destiné).

J'ai alors décidé de prendre des libertés par rapport au texte. Je l'ai lu de nombreuses fois, commencé à faire quelques petits croquis d'images, puis je l'ai laissé de côté. J'avais le texte en moi et je n'y suis pratiquement plus revenue.

J'ai choisi de ne pas incarner les personnages, surtout celui de Laura, qui est justement, dans le texte, tellement détachée de son corps. J'ai choisi de me laisser guider par des ambiances, des couleurs, mon ressenti du texte, et le souvenir que j'en avais aussi, déformé par ma propre subjectivité et vécu.

Ma photographie est très liée à ma vie personnelle, j'ai donc continué dans cette voie. Je ne pense pas que j'aurai pu travailler avec des acteurs ou des personnes que je ne connaissais pas. J'ai, pendant un an, photographié, au gré de mes rencontres et de mes voyages. J'ai bien sûr organisé quelques séances avec mes frères et leurs amis, mais de manière très libre, je laissais se faire les choses, dans un lieu ou une lumière que j'avais choisi. Je ne sais pas mettre en scène, j'ai trop besoin du réèl, même si c'est pour ensuite glisser vers la fiction. C'est un livre à plusieurs mains, vraiment, Madeline et moi, Tieri, mes frères, leurs amis, et surtout Zoé, qui a accepté de rentrer un peu dans la peau de Laura, bref, ça s'est construit presque tout seul.

Les images prises une à une ne sont pas forcément intéressantes, c'est vraiment dans leur juxtaposition, dans le corpus qu'elles forment qu'elles prennent sens.


Le roman photographique : est-ce une expérience que vous aimeriez recommencer ? Est-ce épanouissant pour le photographe ? Est-ce que vous pensez que la photolittérature est un genre intéressant, porteur de sens ? Voyez-vous des écueils et des voies à explorer ?


Dans ce projet, on ne peut pas comprendre les images sans le texte. Même si elles sont aux antipodes de l'illustration, c'est en s'imbriquant dans les interstices des mots qu'elle se révèlent. Pour moi, le texte et l'image dans le livre, forment presque un troisième médium. C'est une recherche passionnante, et je la mène de mon côté aussi à travers d'autres projets. Depuis toute petite, j'ai le nez dans le livre, je voulais être écrivain. J'y arrive par des voies détournées!

Le livre est un lieu de création. La photolittérature est une recherche passionnante, même si elle est dangereuse... C'est très difficile de ne pas illustrer un texte, de ne pas "paraphraser" les mots en image. Je pense que les écueils sont là. Le problème aussi, quand une même personne fait les images et le texte, c'est qu'on lui reproche sa pluridisciplinarité : certains vous disent d'arrêter d'écrire, d'autres d'arrêter la photographie (c'est du vécu!). Bon, ici, le problème ne se pose pas, et c'est vraiment très riche de pouvoir mêler deux univers. Je pense que c'est en effet un médium à explorer, et dans lequel on dispose d'une grande liberté.


Pouvez-vous décrire un travail photographique que vous aimeriez avoir réalisé dans votre vie - en bref, quelle serait une oeuvre photographique idéale que vous aimeriez faire ?


J'aimerais continuer à faire des livres. Une œuvre photographique idéale, je ne sais pas, ce qui est dur surtout c'est de ne pas se répéter et de rester cohérent. De ne pas s'éparpiller aussi, à travers les différents projets, les boulots alimentaires, etc.

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Photos : Rien, qui fait partie de la série "Rien, mais les arbres" et une photo tirée du roman Septième.

 

29/01/2010

Focale I, II & III

 

Focale s'ouvre avec trois romans, à paraître en 2010.

 

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Photo d'Estelle Dougier pour Métrodore

 

 

L'avenir,

écrit par Catherine Leblanc et photographié par Cécile Menendez.

 

Septième,

écrit par Madeline Roth et photographié par Lucie Pastureau.

 

Métrodore,

écrit par Édith de Cornulier-Lucinière et photographié par Estelle Dougier.

 

Trois titres qui cachent trois histoires baignées d'images photographiques.

 

Dans la collection Focale imaginée par l'éditeur Tieri Briet (Éditions Où sont les enfants ?), la photographie et la littérature s'épaulent pour créer des univers visuels et scénaristiques nouveaux...

Focale veut exaucer les prières d'un public qui a besoin de vrais livres d'aventures. Un public que les Anglo-saxons nomment "young adults" (entre 13 et 33 ans, et plus si affinités).

La soif et la faim de lire en images est de plus en plus grande. Il y a la Bande dessinée, qui s'est installée tout doucement, d'abord dans le mépris, puis dans l'indifférence, avant de devenir incontournable. 

Voilà maintenant venu le temps de la photolittérature.

 

Daniel Andorc'h, pour Focale

27/03/2009

Septième, page 13

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C'était Olivier qui lui avait donné rendez-vous, un soir de mai, vers la scierie. Une petite môme qui sortait de nulle part et qui s'était imposée entre nous en quelques jours seulement. Je la bouffais des yeux. Une petite princesse qui m'arrivait à l'épaule, des yeux entre le bleu nuit et le noir qui scintille, une gamine qui vous mettait dans sa poche rien qu'en vous fixant quelques secondes.

Olivier avait fini par la ramener en moto. J'en avais rêvé des nuits entières.