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23/02/2010

Entrevue avec John Bar-Tabak

 

É, T & fish.jpg
scène focalienne d'observation des poissons. Photo de John Bar-Tabak, 2010

 

 

Cher John Bar-Tabak. Vous fûtes l'un des premiers à mettre en garde Tieri Briet et l'équipe de Focale contre les poissons. Vos injonctions pressentes rencontrèrent-elles un écho ?

 

Au début, non. Briet (que les autres appelaient le capitaine) errait dans la ville et répétait "je n'ai pas Internet. Je n'ai pas Internet". Il angoissait, mais ce n'était pas de la souffrance. Au fond, il aimait assez hanter la ville et boire des cafés sur la place Berberova. Son regard alternait entre les gens de l'équipe d'Actes Sud, qui fumaient leurs cigarettes à la fenêtre du premier étage, et le Rhône où sévissaient les poissons.

 

Et les autres membres de l'équipe ?


Les auteurs et photographes étaient ailleurs. Leur création les accaparait totalement. Quant à Édith de CL, elle se baladait en permanence avec un flingue pour buter un éventuel chasseur de cerfs (elle adorait les cerfs) et n'accordait nullement d'importance à mes supplications. C'était une erreur de sa part et je suis persuadé qu'elle s'en est voulue depuis. Car les événements n'ont pas tardé à me donner raison.

 

Mais quel a été, au fond, l'impact des poissons ?


En fait, toute la question était de savoir si Arles pouvait garder son équilibre entre les arènes et le fleuve. Tu sais, Édith était totalement obsédée à l'idée que le fleuve ne prenait pas assez de place dans l'univers mental de la ville. C'était une névrose de type A-23X, qu'elle tenait de sa mère. Or, elle pensait que les poissons du fleuve seuls pourraient donner à la photolittérature et au projet Focale une envergure assez immense pour que les livres de Focale aient une longévité séculaire. C'est de là qu'est née leur progressive squatterie des bords du Rhône, pour capter l'énergie préhistorique et fluviale des poissons. Je ne peux nier que les poissons aient une capacité de donner des transes créatives, bien sûr, mais je dois avouer ce que je pense au fond de moi : Focale aurait dû s'orienter davantage vers les arènes. Je l'ai déjà dit, oralement, je vous le redis oralement en sachant que vous l'écrirez : Focale a donné un goût océanique à la photolittérature, qui n'en avait pas besoin pour être salée.

 

Propos recueillis et traduits de l'anglais canadien par Daniel Andorc'h