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15/02/2010

Entrevue avec Lucie Pastureau

 

 

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série "Frères"

 

 

Comment s'est passé la réalisation de Septième ? Avez-vous travaillé en même temps Madeline Roth ? Ou bien le texte vous a-t-il été remis déjà achevé ?


J'ai travaillé à partir du texte déjà écrit, même si Madeline a continué à le corriger, à en réécrire certains passages. Nous nous sommes très peu vues avec Madeline à cause de la distance, mais nous avons noué une relation forte autour de ce travail, une connaissance et re connanissance de l'autre à travers le texte et l'image. Mon travail s'est fait de manière très spontanée et intuitive. Nous sommes restés, Madeline, Tieri et moi, pendant la période de prise des images, en contact et dialogue constant. J'ai mis un peu plus d'un an à produire ces images.


Avez-vous tenté d'illustrer ce roman au plus près ? Ou bien d'avoir fait un travail parallèle, en vous éloignant du texte ?


A la première lecture du texte, le travail m'a paru impossible. Il y a des passages très durs, crus, et je n'avais aucune idée de la façon dont les rendre en images, d'autant plus que le roman est destiné aux adolescents (en fait, j'ai très vite oublié à qui il était destiné).

J'ai alors décidé de prendre des libertés par rapport au texte. Je l'ai lu de nombreuses fois, commencé à faire quelques petits croquis d'images, puis je l'ai laissé de côté. J'avais le texte en moi et je n'y suis pratiquement plus revenue.

J'ai choisi de ne pas incarner les personnages, surtout celui de Laura, qui est justement, dans le texte, tellement détachée de son corps. J'ai choisi de me laisser guider par des ambiances, des couleurs, mon ressenti du texte, et le souvenir que j'en avais aussi, déformé par ma propre subjectivité et vécu.

Ma photographie est très liée à ma vie personnelle, j'ai donc continué dans cette voie. Je ne pense pas que j'aurai pu travailler avec des acteurs ou des personnes que je ne connaissais pas. J'ai, pendant un an, photographié, au gré de mes rencontres et de mes voyages. J'ai bien sûr organisé quelques séances avec mes frères et leurs amis, mais de manière très libre, je laissais se faire les choses, dans un lieu ou une lumière que j'avais choisi. Je ne sais pas mettre en scène, j'ai trop besoin du réèl, même si c'est pour ensuite glisser vers la fiction. C'est un livre à plusieurs mains, vraiment, Madeline et moi, Tieri, mes frères, leurs amis, et surtout Zoé, qui a accepté de rentrer un peu dans la peau de Laura, bref, ça s'est construit presque tout seul.

Les images prises une à une ne sont pas forcément intéressantes, c'est vraiment dans leur juxtaposition, dans le corpus qu'elles forment qu'elles prennent sens.


Le roman photographique : est-ce une expérience que vous aimeriez recommencer ? Est-ce épanouissant pour le photographe ? Est-ce que vous pensez que la photolittérature est un genre intéressant, porteur de sens ? Voyez-vous des écueils et des voies à explorer ?


Dans ce projet, on ne peut pas comprendre les images sans le texte. Même si elles sont aux antipodes de l'illustration, c'est en s'imbriquant dans les interstices des mots qu'elle se révèlent. Pour moi, le texte et l'image dans le livre, forment presque un troisième médium. C'est une recherche passionnante, et je la mène de mon côté aussi à travers d'autres projets. Depuis toute petite, j'ai le nez dans le livre, je voulais être écrivain. J'y arrive par des voies détournées!

Le livre est un lieu de création. La photolittérature est une recherche passionnante, même si elle est dangereuse... C'est très difficile de ne pas illustrer un texte, de ne pas "paraphraser" les mots en image. Je pense que les écueils sont là. Le problème aussi, quand une même personne fait les images et le texte, c'est qu'on lui reproche sa pluridisciplinarité : certains vous disent d'arrêter d'écrire, d'autres d'arrêter la photographie (c'est du vécu!). Bon, ici, le problème ne se pose pas, et c'est vraiment très riche de pouvoir mêler deux univers. Je pense que c'est en effet un médium à explorer, et dans lequel on dispose d'une grande liberté.


Pouvez-vous décrire un travail photographique que vous aimeriez avoir réalisé dans votre vie - en bref, quelle serait une oeuvre photographique idéale que vous aimeriez faire ?


J'aimerais continuer à faire des livres. Une œuvre photographique idéale, je ne sais pas, ce qui est dur surtout c'est de ne pas se répéter et de rester cohérent. De ne pas s'éparpiller aussi, à travers les différents projets, les boulots alimentaires, etc.

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Photos : Rien, qui fait partie de la série "Rien, mais les arbres" et une photo tirée du roman Septième.

 

Commentaires

Et c'est quand qu'on pourra tenir Septième au bout des bras..?

Écrit par : Gaëlle | 22/02/2010

Fin avril.
Là, Septième est en train de passer sous l'oeil aguerri de la correctrice.

Écrit par : Daniel | 22/02/2010

Les commentaires sont fermés.